Se sentir à sec spirituellement pendant la guérison de l'addiction à la pornographie, c'est très courant. Voici comment retrouver Dieu quand la foi semble lointaine et sans vie.

Cet article est destiné à l'encouragement spirituel et à des fins informatives. Si vous luttez contre une addiction, envisagez de chercher le soutien d'un pasteur, d'un conseiller ou d'un thérapeute professionnel en complément des ressources de foi.

Il existe une forme de solitude qui appartient presque exclusivement au parcours de guérison. Ce n'est pas exactement la solitude de l'isolement, même si elle est souvent présente aussi. C'est quelque chose de plus silencieux, de plus difficile à nommer. C'est ce sentiment d'être assis à l'église sans rien entendre, d'ouvrir la Bible et de trouver les mots plats sur la page, de prier dans ce qui ressemble à une pièce vide. Tu fais les bonnes choses. Tu mènes le bon combat. Mais quelque part en chemin, l'élan spirituel que tu espérais ressentir ne s'est tout simplement... pas manifesté. C'est ce qu'on appelle la sécheresse spirituelle, et pour les hommes qui s'éloignent de l'addiction à la pornographie, c'est bien plus courant que ce qu'on dit ouvertement.

Si c'est là où tu en es en ce moment, la première chose à savoir, c'est que tu n'es pas particulièrement brisé. Se sentir spirituellement engourdi ou distant de Dieu pendant le dur travail de guérison n'est pas le signe que ta foi est en train d'échouer, ni que Dieu t'a abandonné. C'est, à bien des égards, une conséquence naturelle de ce que la pornographie fait à l'âme avec le temps. Et comprendre ce lien, c'est le début du chemin pour retrouver la connexion.

Ce que la pornographie fait à ta vie intérieure

La pornographie ne touche pas seulement le circuit de récompense du cerveau, même si les dommages neurologiques sont réels et bien documentés. Elle remodèle aussi le paysage intérieur de l'âme d'une façon qu'il faut du temps pour vraiment comprendre. Des années de visionnage secret créent une sorte de double vie, et cette double vie apprend progressivement à un homme à compartimenter. Tu apprends à séparer la partie de toi qui regarde de la partie qui prie, la partie qui pèche de celle qui dirige le culte ou lit la Bible à tes enfants. Avec le temps, cette compartimentation devient un réflexe. Tu ne ressens plus le lien entre tes actes et ton expérience spirituelle, parce que tu as passé des années à construire des murs invisibles entre eux.

Quand tu commences la guérison, ces murs ne s'effondrent pas immédiatement juste parce que tu décides que tu le veux. Les habitudes de déconnexion émotionnelle et spirituelle persistent. Beaucoup d'hommes témoignent que dans les premières semaines et les premiers mois après l'arrêt de la pornographie, ils se sentent moins vivants spirituellement, pas plus. Ça semble paradoxal. La liberté ne devrait-elle pas ressembler à de la liberté ? Mais l'engourdissement qui s'est accumulé avec le temps ne se dissout pas du jour au lendemain. L'âme, comme le corps, a son propre rythme de guérison, et il correspond rarement au calendrier qu'on lui impose.

Le silence de Dieu n'est pas l'absence de Dieu

Les Psaumes sont remplis d'hommes qui crient vers un Dieu qui semble silencieux. David écrit dans le Psaume 22 : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Pourquoi es-tu si loin de me secourir, si loin de mes cris de détresse ?" Ce n'est pas un homme qui a renoncé à sa foi. C'est un homme au cœur de sa foi, qui s'y accroche de toutes ses forces, et qui a quand même l'impression que le ciel est de bronze. La Bible ne prétend pas que suivre Dieu signifie toujours se sentir proche de lui. Elle est honnête sur l'expérience de la noirceur spirituelle, et cette honnêteté est elle-même une forme de grâce.

Pour les hommes en guérison de l'addiction à la pornographie, la tentation est d'interpréter ce sentiment de distance par rapport à Dieu comme une preuve de condamnation. Le discours de honte que l'addiction renforce murmure que Dieu se retire à cause de ce que tu as fait, que le silence est un jugement plutôt qu'une invitation. Mais considère une autre possibilité. Et si le silence que tu ressens n'était pas Dieu qui se retire, mais Dieu qui attend ? Qui attend que le bruit de tes vieilles habitudes se taise, que l'énergie frénétique de l'addiction et du secret se calme, pour que quelque chose de plus profond et de plus vrai puisse commencer à prendre racine en toi. Le prophète Élie, épuisé et vidé après sa confrontation avec les prophètes de Baal, a trouvé Dieu non pas dans le vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans un doux murmure. Parfois, Dieu parle le plus clairement dans le silence qui suit notre plus grande fatigue.

Pourquoi la guérison peut en fait accentuer la sécheresse au début

Voici une vérité difficile que beaucoup d'hommes rencontrent dans leur parcours de guérison mais qu'on aborde rarement ouvertement : arrêter la pornographie supprime temporairement un mécanisme d'adaptation sans encore le remplacer par quelque chose de plus sain. Pendant des années, cette habitude servait d'échappatoire au stress, à l'ennui, à la solitude et à la douleur émotionnelle. Quand cette sortie de secours se ferme, tous les sentiments qui étaient anesthésiés remontent à la surface. L'anxiété augmente avant de diminuer. L'irritabilité monte en flèche. Des hommes qui s'attendaient à se sentir plus légers se sentent souvent plus lourds, du moins pendant un temps.

Cette turbulence émotionnelle a un effet spirituel direct. C'est difficile de ressentir la chaleur de la présence de Dieu quand on traverse des vagues d'anxiété ou qu'on fait face à un chagrin brut qu'on ne s'est pas permis de ressentir depuis des années. La sécheresse spirituelle du début de la guérison n'est souvent pas du tout un problème théologique. C'est le signe que ton être émotionnel est en train de dégeler enfin, et que ce dégel est inconfortable. Paul écrit dans Romains 5 que la souffrance produit la persévérance, la persévérance le caractère, et le caractère l'espérance. Le chemin passe à travers la souffrance, pas autour. La sécheresse, en ce sens, fait partie du voyage et n'en est pas un détour.

Des pratiques pour inviter Dieu à revenir

Il y a une différence entre essayer de fabriquer un sentiment de proximité spirituelle et créer les conditions dans lesquelles une vraie rencontre spirituelle peut se produire. Tu ne peux pas te forcer à ressentir la présence de Dieu. Mais tu peux cultiver le sol de ta vie intérieure de façon à le rendre plus réceptif à la croissance. Il ne s'agit pas d'accomplir des disciplines spirituelles pour mériter quelque chose. Il s'agit d'une fidélité pratique et humble dans une saison où les sentiments n'ont pas encore rattrapé l'engagement.

L'une des choses les plus puissantes qu'un homme puisse faire dans une saison de sécheresse spirituelle, c'est simplement d'être honnête avec Dieu à ce sujet. Pas des prières polies et bien formulées, mais la vérité brute et non filtrée. Dis à Dieu que tu ne le ressens pas. Dis-lui que tu es fatigué, que le silence est pesant, que tu as besoin de quelque chose de réel et que tu ne sais pas comment le trouver. Il y a quelque chose dans ce type d'honnêteté vulnérable qui perce l'engourdissement spirituel d'une façon que les prières plus composées ne font souvent pas. Les Psaumes de lamentation existent précisément pour cette raison. Ils donnent des mots à la douleur.

En parallèle d'une prière honnête, un engagement lent et attentif avec la Bible compte vraiment. Pas la lecture de la Bible comme une case à cocher, mais une lecture comme une écoute. Lis un seul passage plusieurs fois. Prends le temps d'y réfléchir. Demande-toi ce qu'il dit du caractère de Dieu plutôt que ce qu'il exige du tien. Dans une saison de sécheresse, l'âme a souvent besoin de nourriture plus que d'instruction, et il y a une vraie différence entre ces deux choses. Les passages des Psaumes, d'Ésaïe et de l'Évangile de Jean sont des endroits particulièrement riches pour passer du temps quand la connexion spirituelle semble insaisissable.

Un engagement physique dans la pratique spirituelle peut aussi aider à combler l'écart entre la connaissance intellectuelle de Dieu et le sentiment ressenti de sa présence. La musique de louange, chantée à voix haute même quand ça semble creux au début, a une façon de contourner l'esprit sceptique et d'atteindre quelque chose de plus profond. Marcher dans la nature avec une attention intentionnelle à ce qu'on observe peut créer une réceptivité tranquille que rester assis ne permet pas toujours. Le jeûne d'un repas ou d'une journée, non pas comme une performance mais comme un acte sincère de remise à Dieu, a historiquement été l'un des moyens les plus fiables pour les chrétiens de percer des saisons de lourdeur spirituelle.

La communauté comme pont dans les saisons de sécheresse

L'un des tours les plus cruels que joue la sécheresse spirituelle, c'est de te convaincre de te retirer encore plus dans l'isolement, ce qui ne fait qu'aggraver la sécheresse. La guérison de l'addiction à la pornographie attire déjà puissamment vers le secret. La honte liée à l'addiction elle-même crée une distance par rapport à la communauté, et quand tu y ajoutes la honte de ne pas te sentir spirituellement en bonne santé, la tentation est de te retirer des relations mêmes qui pourraient t'aider à tenir.

La vision néotestamentaire de l'église n'a jamais été principalement celle d'une relation privée et individuelle avec Dieu. C'était celle d'un corps, connecté et interdépendant, où la foi d'un membre porte littéralement un autre membre à travers ses saisons de faiblesse. Hébreux 10.24-25 appelle les croyants à s'encourager mutuellement à l'amour et aux bonnes actions, et à ne pas abandonner l'habitude de se rassembler. Quand ton propre réservoir spirituel est vide, être en présence d'autres croyants n'est pas de l'hypocrisie. C'est de la sagesse. Tu n'as pas besoin de faire semblant de ressentir quelque chose que tu ne ressens pas. Mais tu dois rester dans la pièce où la vie se passe.

Faire confiance au processus

La sécheresse spirituelle dans la guérison n'est pas permanente, même quand elle en a l'impression. Les saisons changent. Le même Dieu qui a appelé les ossements desséchés d'Ézéchiel 37 à respirer et à vivre est le Dieu qui est présent avec toi dans ton engourdissement en ce moment. Il n'est pas surpris de là où tu en es. Il n'est pas déçu par ton incapacité à fabriquer des sentiments spirituels sur demande. Il est, si quoi que ce soit, plus proche de toi dans ce désert que tu ne peux actuellement le percevoir.

Le travail de guérison est un vrai travail, et il demande tout ce que tu as. Il y aura des saisons où les sentiments sont loin derrière la fidélité. Mais la fidélité dans ces saisons, se montrer présent, être honnête, rester connecté, cultiver le sol, a son propre poids profond. Et quelque part, dans un moment que tu n'attends probablement pas, la chaleur reviendra. Non pas parce que tu l'as mérité, mais parce que c'est qui est Dieu. Il est le Dieu qui retrouve la brebis perdue, qui court vers le fils prodigue qui revient, qui n'éteint pas la mèche qui fume encore. Il n'en a pas fini avec toi. Loin de là.